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  • Le chômage : quel labeur !

    Le chômage : quel labeur !

    Le chômeur travaille de sept heures à quinze heures. Il s’attelle à chercher. Il cherche sans relâche, sans trêve ni collation.

    Sous la pluie, la neige ou la chaleur accablante, il cherche, dénué de tout moyen de protection. Pourtant, il persiste, frappant aux portes des entreprises l’une après l’autre. Lorsque ces dernières demeurent closes, il poursuit sa quête en se présentant aux portes des usines, des tours de bureaux ou des hôtels… jusqu’à en oublier l’heure.

    Les tâches se multiplient au fur et à mesure qu’il cherche : rédiger des dizaines de curriculums vitae, élaborer des dizaines de lettres de motivation — chacune réécrite avec soin en fonction de chaque poste —, contacter et « convaincre » le recruteur, soigner sa tenue vestimentaire, sa coiffure et jusqu’à son allure.

    Il cherche de commerce en commerce, d’étal en étale, jusqu’à user ses souliers. De refus en refus, il s’attelle à persévérer, à se surpasser et à demeurer irréprochable.

    Quinze heures sont passées : est-ce la fin de la journée ? Non. Un autre quart de travail s’ensuit. De quinze heures à dix-huit heures, parfois. Il cherche, d’une agence de placement à une autre, d’un restaurant à un autre. Souriant, courtois et sérieux, il essuie les refus, les inscrivant dans ses rapports quotidiens pour les soumettre à sa conscience, afin de lui prouver qu’il a accompli ses tâches aujourd’hui et que sa mission est loin d’être achevée.

    Le retour au domicile s’effectue tout en scrutant la moindre pancarte, le moindre regard qu’il pourrait interpréter comme une invitation à se proposer comme simple commis, n’importe où, voire à offrir ses services en tant que bénévole.

    Être au chômage est un travail. Un labeur physique et psychologique. À bien des égards, il s’avère plus éreintant que certains emplois. Certes, il ne participe à aucune dynamique budgétaire ou sociale, mais il constitue un véritable effort intérieur qui met en lumière les notions d’effort, de dynamisme et de richesse humaine.

    Il s’échine, le chômeur, à méditer sur un monde idéal où la précarité n’aurait plus sa place. Mais dans cet univers sans chômage, privé de sa quête, il se retrouverait alors… sans emploi. 

  • Café, je t’aime. Moi non plus

    Café, je t’aime. Moi non plus

    Le café est plein d’amertume. Moi aussi.

    Il est force et délicatesse. Moi aussi, peut-être.

    Le café est bon ; moi non plus.

    Ses notes douces et profondes me transportent loin de la rudesse de mes pensées matinales. Elles m’arrachent au tumulte des premières heures pour me conduire vers des rivages plus calmes.

    Il se donne au filtre, au réceptacle, avec une générosité presque insolente. Il s’écoule en me narguant du chant léger de ses gouttelettes, tombant une à une comme s’égrène ma patience à l’attendre.

    Je le veux brûlant, riche en arômes, afin que mon aurore ne tarde pas à se lever. Mais je le désire aussi doux et voluptueux, pour que mes pensées flirtent avec les mots tendres et la retenue.

    Dès la première gorgée, sa chaleur se diffuse en moi, réveille mon corps et éclaire mon esprit. Mon cœur, pourtant, hésite. Entre l’avaler d’un trait ou le savourer gorgée après gorgée, s’installe un jeu subtil entre mon désir et l’inévitable refroidissement déjà à l’œuvre.

    Cette lutte silencieuse se prolonge jusqu’à ce que je succombe à son amertume, si semblable à la mienne, et à sa robe sombre, enveloppante, dont mon palais s’éprend avec une fidélité presque amoureuse.

    Je t’aime, grain d’Orient, vin d’Arabie, encre chaude des muses ; mais…

    Mais c’est moi, finalement, qui ne sais pas toujours t’aimer comme tu le mérites.


  • Les petits maux

    Les petits maux

    Ce qui nous blesse le plus n’est pas toujours ce qui pèse le plus lourd. Un bus qui s’éloigne, un rendez-vous englouti par l’oubli, la porte qui se referme sur un entretien d’embauche… ou ce simple « oui » lâché quand c’était « non » qu’il fallait dire, et inversement.

    Ce sont souvent les infimes éraflures qui nous terrassent, bien plus que les grands fracas. Elles déposent en nous une amertume tenace, qui veille à notre chevet jusqu’à nous voler le sommeil. Devant les grands drames, nous voilà face à notre impuissance, et cette impuissance, curieusement, nous absout. Les menus tourments du quotidien, eux, ne nous accordent aucun alibi : le geste déplacé d’un inconnu, le sursaut d’orgueil d’un collègue, cet ami qui n’en est un qu’à moitié, tout cela dépend de nous, de ce que nous laissons entrer, de ce que nous choisissons de porter. 

    Les petites choses sont le miroir de notre vulnérabilité.

    Peut-être n’est-ce pas, au fond, la chose elle-même qui nous trouble, mais le regard que nous posons sur elle, comme le murmuraient déjà Épictète et Sénèque. Chaque incident dérisoire fissure l’illusion d’une maîtrise absolue que nous nous acharnons à entretenir. Nos attentes devancent le réel, et c’est contre elles que nous nous brisons.

    Ainsi, ces « petites choses » ne le sont jamais vraiment. Elles font remonter des vérités plus vastes : notre rapport au temps, notre crainte du rejet, notre lutte incessante pour demeurer maîtres de notre trajectoire. 

    Alors, quand celle-ci s’égare vers les petits drames, osons en changer. Le rapprochement humain les désarme : il ouvre des clairières de lien où notre valeur peut enfin s’épanouir.

  • J’ai rêvé d’une Ferrari!

    J’ai rêvé d’une Ferrari!

    J’ai rêvé que j’étais puissant. À l’intérieur, la vitesse devenait soudainement de l’élégance, et la mécanique, une forme d’art que les passants, toutes catégories confondues, admiraient les yeux grands ouverts.

    Dans mon bolide, je rêvais que je chevauchais un dragon rouge. J’étais enfin prêt à dévorer l’asphalte et à laisser derrière moi la précarité.

    Voilà qu’on me regarde, qu’on m’épie, et cela rend mon accélérateur plus nerveux. Le glamour s’installe sur mon siège passager dès que je démarre au son du moteur, devenant la voix d’un baryton métallique qui chante la vitesse. « Chante donc ! », disais-je à ma Ferrari dans mon rêve, jusqu’à le crier, jusqu’au réveil.

    La Ferrari m’échappe encore au réveil, mais le temps d’un rêve, elle m’a appartenu.


  • Un jour, un événement: Radio Diali 106.3

    Un jour, un événement: Radio Diali 106.3

    Des instants d’échange, de bonne humeur et de convivialité à la radio Diali 106.3 — animés avec authenticité et art de vivre par Amina Benfetima. 

    J’avais à mes côtés mon amie la poétesse Soraya, venue apporter sa pierre à l’édifice avec la générosité de ceux qui croient que les mots, partagés, grandissent. Le thème nous invitait à réfléchir sur ce que la technologie fait à la lecture et à l’écriture — et sur ce que l’intelligence artificielle, ce nouveau Prométhée, pourrait bien faire à l’âme humaine.

    Un clin d’œil affectueux à notre ami écrivain et historien Tewfik Bekkouche, qui, n’ayant pu être présent, nous a rejoints par la voix — preuve que l’absence du corps n’éteint jamais la présence de l’esprit.

    Merci à tous ceux qui ont prêté l’oreille et, à travers elle, leur pensée.


    Passage enrichissant, enthousiasmant et convivial sur Radio Diali !

    Le sujet abordé : le « nouveau monde » du travail et son impact sur la nouvelle génération. Pourquoi celle-ci se retrouve-t-elle en difficulté face au prolétariat ambiant ? Entre transformation des repères professionnels, quête de sens et instabilité grandissante, on a exploré ensemble les défis (et les possibles) qui attendent les jeunes travailleurs d’aujourd’hui.

    Merci à Amina pour l’accueil et l’échange 🙏

    15-09-2026