Le chômeur travaille de sept heures à quinze heures. Il s’attelle à chercher. Il cherche sans relâche, sans trêve ni collation.
Sous la pluie, la neige ou la chaleur accablante, il cherche, dénué de tout moyen de protection. Pourtant, il persiste, frappant aux portes des entreprises l’une après l’autre. Lorsque ces dernières demeurent closes, il poursuit sa quête en se présentant aux portes des usines, des tours de bureaux ou des hôtels… jusqu’à en oublier l’heure.
Les tâches se multiplient au fur et à mesure qu’il cherche : rédiger des dizaines de curriculums vitae, élaborer des dizaines de lettres de motivation — chacune réécrite avec soin en fonction de chaque poste —, contacter et « convaincre » le recruteur, soigner sa tenue vestimentaire, sa coiffure et jusqu’à son allure.
Il cherche de commerce en commerce, d’étal en étale, jusqu’à user ses souliers. De refus en refus, il s’attelle à persévérer, à se surpasser et à demeurer irréprochable.
Quinze heures sont passées : est-ce la fin de la journée ? Non. Un autre quart de travail s’ensuit. De quinze heures à dix-huit heures, parfois. Il cherche, d’une agence de placement à une autre, d’un restaurant à un autre. Souriant, courtois et sérieux, il essuie les refus, les inscrivant dans ses rapports quotidiens pour les soumettre à sa conscience, afin de lui prouver qu’il a accompli ses tâches aujourd’hui et que sa mission est loin d’être achevée.
Le retour au domicile s’effectue tout en scrutant la moindre pancarte, le moindre regard qu’il pourrait interpréter comme une invitation à se proposer comme simple commis, n’importe où, voire à offrir ses services en tant que bénévole.
Être au chômage est un travail. Un labeur physique et psychologique. À bien des égards, il s’avère plus éreintant que certains emplois. Certes, il ne participe à aucune dynamique budgétaire ou sociale, mais il constitue un véritable effort intérieur qui met en lumière les notions d’effort, de dynamisme et de richesse humaine.
Il s’échine, le chômeur, à méditer sur un monde idéal où la précarité n’aurait plus sa place. Mais dans cet univers sans chômage, privé de sa quête, il se retrouverait alors… sans emploi.

















